Assurance

Résilier son assurance habitation : démarches et droits

Loi Hamon, délais légaux, remboursement prorata : tout savoir pour résilier son assurance habitation sans frais ni erreur. Guide complet 2025.

Comment résilier son assurance habitation : démarches et droits

Chaque année en France, plus de 3 millions de contrats d’assurance habitation font l’objet d’une résiliation, selon les données de la Fédération Française de l’Assurance (FFA). Pourtant, une majorité d’assurés ignorent l’étendue de leurs droits en la matière et laissent leur contrat se renouveler tacitement, parfois en payant une prime supérieure de 15 à 40 % à ce que le marché propose pour une couverture équivalente. La résiliation d’une assurance habitation n’est pas un acte anodin : mal exécutée, elle peut laisser un logement sans couverture pendant des jours, voire des semaines, avec des conséquences financières dévastatrices en cas de sinistre.

Depuis la loi Hamon de 2014, renforcée par la loi Châtel de 2005 et les dispositions du Code des assurances, les droits des assurés se sont considérablement élargis. Aujourd’hui, un locataire ou un propriétaire peut résilier son contrat habitation à tout moment après un an d’ancienneté, sans frais ni justification. Mais les modalités varient selon la situation : changement de situation personnelle, résiliation à l’échéance, ou encore changement d’assureur après un sinistre. Chaque cas obéit à des règles précises, avec des délais à respecter sous peine de voir sa demande refusée.

Cet article décortique l’intégralité des procédures de résiliation, les délais légaux, les pièges à éviter et les droits souvent méconnus des assurés. Que vous soyez locataire, propriétaire occupant ou bailleur, vous trouverez ici une feuille de route complète et opérationnelle.


Les fondements légaux de la résiliation : ce que dit la loi

Le Code des assurances, socle de vos droits

La résiliation des contrats d’assurance habitation est encadrée principalement par trois textes fondamentaux :

  • L’article L.113-12 du Code des assurances : il consacre le droit de résiliation annuelle à l’échéance du contrat, avec un préavis de 2 mois minimum.
  • La loi Châtel (loi n° 2005-67 du 28 janvier 2005) : elle impose à l’assureur d’informer l’assuré de la date limite de résiliation dans l’avis d’échéance, sous peine de permettre à l’assuré de résilier à tout moment sans préavis ni pénalité.
  • La loi Hamon (loi n° 2014-344 du 17 mars 2014) : elle ouvre le droit de résiliation à tout moment après 12 mois de contrat, sans frais et sans justification. C’est la révolution la plus importante pour les assurés depuis deux décennies.

Ces trois textes se complètent et forment un arsenal protecteur solide. Il est important de comprendre qu’un assureur ne peut en aucun cas facturer de frais de résiliation dans les cas prévus par la loi. Tout frais indûment perçu est récupérable via une mise en demeure ou une saisine du médiateur de l’assurance.

La résiliation par le nouvel assureur : une simplification majeure

Depuis la loi Hamon, lorsque vous souscrivez un nouveau contrat habitation, votre nouvel assureur peut se charger à votre place des démarches de résiliation auprès de l’ancien. Cette disposition, souvent mal connue, évite les doubles cotisations et les oublis. Le nouvel assureur notifie l’ancien par lettre recommandée et la résiliation prend effet 1 mois après réception par l’ancien assureur. Vous êtes alors remboursé au prorata de la prime déjà versée pour la période non couverte.


Les différents cas de résiliation et leurs délais

1. La résiliation à l’échéance annuelle

C’est le cas le plus classique. Votre contrat a une date d’anniversaire (souvent le 1er janvier, mais pas toujours). Pour résilier à cette date, vous devez envoyer votre courrier de résiliation au moins 2 mois avant cette échéance.

Exemple concret : Votre contrat habitation arrive à échéance le 1er mars 2026. Vous devez envoyer votre lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) au plus tard le 31 décembre 2025. Si vous envoyez votre courrier le 2 janvier 2026, votre résiliation ne sera effective que le 1er mars 2027 — vous restez engagé un an supplémentaire.

Attention à la loi Châtel : Si votre assureur ne vous a pas adressé l’avis d’échéance entre 3 mois et 15 jours avant la date limite de résiliation, vous pouvez résilier à tout moment à compter de la date d’envoi de l’avis, sans attendre l’échéance.

2. La résiliation en cours d’année (loi Hamon)

Applicable aux contrats de plus de 12 mois, cette option vous permet de résilier sans préavis particulier, la résiliation prenant effet 1 mois après réception de votre demande par l’assureur. Aucun frais ne peut être exigé.

Exemple chiffré : Vous payez 420 €/an (35 €/mois) et vous résiliez le 15 mars 2026 alors que vous avez payé jusqu’au 31 décembre 2026 (9,5 mois d’avance). Vous êtes en droit d’obtenir le remboursement de 8,5 × 35 € = 297,50 €, versé dans les 30 jours suivant la prise d’effet de la résiliation.

3. La résiliation pour changement de situation

L’article L.113-16 du Code des assurances permet de résilier sans attendre l’échéance ni le délai d’un an, dans un délai de 3 mois suivant la survenance de certains événements modifiant le risque :

  • Déménagement (changement de résidence principale ou secondaire)
  • Changement de situation matrimoniale (mariage, divorce, PACS, séparation)
  • Changement de régime matrimonial
  • Cessation définitive d’activité professionnelle (retraite, licenciement)
  • Décès du souscripteur (les héritiers peuvent résilier)
  • Changement de situation professionnelle entraînant la modification du risque

La résiliation prend effet 1 mois après notification à l’assureur. Le remboursement de la prime au prorata est obligatoire.

4. La résiliation après sinistre

L’article R.113-10 du Code des assurances autorise l’assureur ET l’assuré à résilier le contrat après un sinistre déclaré, dans un délai d’1 mois suivant le paiement ou l’offre de règlement de l’indemnité. La résiliation prend effet 1 mois après notification.

⚠️ Ce droit est réciproque : votre assureur peut aussi vous résilier après un sinistre, notamment si vous avez déclaré plusieurs sinistres en peu de temps. Dans ce cas, il doit respecter le même délai et vous rembourser la prime au prorata.


Les démarches pratiques, étape par étape

Étape 1 : Identifier précisément votre cas de résiliation

Avant tout envoi de courrier, vérifiez votre situation :

  1. Date d’anniversaire du contrat (visible sur votre avis d’échéance ou les conditions particulières)
  2. Ancienneté du contrat (moins ou plus de 12 mois ?)
  3. Existence d’un motif légal spécifique (déménagement, sinistre, changement de situation)

Étape 2 : Choisir le bon mode d’envoi

La résiliation doit être notifiée par :

  • Lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) : la méthode la plus sûre et la seule opposable légalement en cas de litige
  • Email avec accusé de réception électronique : accepté par de nombreux assureurs depuis 2023, mais vérifiez les conditions générales de votre contrat
  • Via votre espace client en ligne : proposé par la quasi-totalité des assureurs en 2025, avec génération automatique d’un accusé de réception horodaté
  • Remise en mains propres contre récépissé : possible en agence

À ne surtout pas faire : appel téléphonique seul, email sans accusé de réception, courrier simple sans recommandé.

Étape 3 : Rédiger le courrier de résiliation

Un courrier de résiliation doit impérativement contenir :

  1. Vos coordonnées complètes (nom, prénom, adresse actuelle)
  2. Le numéro de contrat
  3. La référence de l’assureur
  4. La date souhaitée d’effet de la résiliation
  5. Le motif légal invoqué (avec pièces justificatives si nécessaire)
  6. La demande de remboursement du prorata si applicable

Étape 4 : Anticiper la continuité de couverture

Ne résiliez jamais avant d’avoir souscrit un nouveau contrat, sauf en cas de vente du bien. Pour un locataire, l’absence d’assurance habitation constitue un manquement contractuel au bail pouvant entraîner la résiliation du bail par le propriétaire (article 7g de la loi du 6 juillet 1989). Pour un propriétaire en copropriété, l’assurance responsabilité civile est légalement obligatoire (loi ALUR 2014).

Étape 5 : Conserver les preuves

Archivez systématiquement :

  • Le double du courrier envoyé
  • L’accusé de réception postal ou électronique
  • La confirmation de résiliation de l’assureur
  • Le justificatif de remboursement du prorata

Tableau comparatif des cas de résiliation

Motif de résiliationDélai de préavisJustificatif requisRemboursement prorataTexte légal
Échéance annuelle2 mois avant l’échéanceNonNon (à échéance)Art. L.113-12 C. ass.
Loi Hamon (>12 mois)Aucun (effet à 1 mois)NonOui, dans 30 joursLoi du 17/03/2014
Déménagement3 mois après déménagementJustificatif de domicileOuiArt. L.113-16 C. ass.
Changement de situation3 mois après l’événementActe officiel (jugement, acte notarié…)OuiArt. L.113-16 C. ass.
Après sinistre1 mois après règlementNuméro de sinistreOuiArt. R.113-10 C. ass.
Non-information ChâtelÀ tout momentAvis d’échéance tardifOuiLoi Châtel 2005
Vente du bien immobilierAutomatique à la venteActe de venteOuiArt. L.121-10 C. ass.

Les droits souvent méconnus des assurés

Le droit au remboursement du prorata : un droit absolu

Le remboursement de la prime non consommée n’est pas une faveur commerciale, c’est une obligation légale. L’assureur dispose de 30 jours maximum après la date d’effet de la résiliation pour procéder au remboursement. Au-delà, les sommes dues sont productives d’intérêts au taux légal (3,79 % en 2025, selon la Banque de France).

Si votre prime annuelle est de 650 € et que votre résiliation prend effet le 1er juillet (soit 6 mois avant l’échéance du 31 décembre), vous devez percevoir 325 € dans les 30 jours. Si l’assureur tarde jusqu’au 15 août soit 15 jours de retard, des intérêts de retard s’appliquent.

Le droit à la résiliation en cas de hausse de prime abusive

Souvent ignoré : si votre assureur augmente votre prime à l’échéance au-delà de ce qui est prévu contractuellement, et que cette augmentation n’est pas justifiée par une évolution de l’indice de référence, vous pouvez refuser la hausse et résilier le contrat. Vous devez le faire par LRAR dans le délai mentionné sur l’avis d’échéance.

En 2024-2025, les primes d’assurance habitation ont augmenté en moyenne de +6,8 % selon l’Observatoire de l’épargne réglementée, certains assureurs appliquant des hausses de 12 à 15 % sur des profils “sinistrants”. Ce contexte rend la vigilance sur les avis d’échéance encore plus critique.

La résiliation pour vente du bien

Lors de la vente d’un bien immobilier, le contrat d’assurance habitation est transmis automatiquement à l’acquéreur (article L.121-10 du Code des assurances), qui peut à son tour résilier dans les 3 mois suivant la vente. En pratique, vendeur et acheteur négocient souvent la résiliation dès la signature de l’acte notarié.


Les pièges à éviter et erreurs courantes

Erreur n°1 : Confondre date d’échéance et date anniversaire

Ces deux dates ne sont pas toujours identiques. La date d’échéance est la date de renouvellement du contrat ; la date anniversaire est celle de la première souscription. Vérifiez vos conditions particulières. Beaucoup d’assurés ratent leur délai de résiliation en se basant sur la mauvaise date.

Erreur n°2 : Résilier avant d’avoir souscrit ailleurs

C’est le piège le plus dangereux. Un dégât des eaux, un incendie ou un vol survenu pendant la période de vacance de couverture n’est pas indemnisé. Avec des dommages pouvant atteindre 150 000 à 300 000 € pour un incendie total, le risque est bien réel. Souscrivez toujours le nouveau contrat avant que l’ancien soit résilié.

Erreur n°3 : Ne pas vérifier l’avis d’échéance (piège Châtel inversé)

Certains assurés pensent être protégés par la loi Châtel dès que l’avis arrive tardivement. Attention : si l’avis arrive dans les délais légaux (entre 3 mois et 15 jours avant l’échéance), la résiliation reste soumise au préavis de 2 mois. La protection Châtel ne joue que si l’avis arrive moins de 15 jours avant l’échéance ou après celle-ci.

Erreur n°4 : Croire que la résiliation est automatique lors d’un déménagement

Faux. Un déménagement vous donne le droit de résilier, mais ne résilie pas le contrat automatiquement. Si vous ne notifiez pas votre assureur dans les 3 mois suivant le déménagement, votre contrat continue de courir sur l’ancien bien… qui n’est plus le vôtre.

Erreur n°5 : Accepter des frais de résiliation illégaux

Certains assureurs pratiquent des “frais de gestion” ou des “indemnités de résiliation” de 15 à 50 €. Ces frais sont illégaux dans les cas de résiliation prévus par la loi. Signalez-les à la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) ou au médiateur de l’assurance (saisine gratuite, délai de réponse : 90 jours maximum).

Erreur n°6 : Ignorer les délais de remboursement du prorata

Ne pas réclamer son remboursement dans les 30 jours coûte cher : environ 3 assurés sur 10 ne suivent pas ce remboursement, selon une enquête UFC-Que Choisir 2024. Si vous n’avez pas reçu votre remboursement à J+31, envoyez une mise en demeure par LRAR. En cas de non-réponse sous 15 jours, saisissez le médiateur.


Notre avis et recommandations

Après 15 ans à analyser les contrats et litiges en assurance habitation, une conviction s’est imposée : la résiliation est un levier sous-utilisé que les assureurs ont tout intérêt à rendre opaque. La complexité apparente des délais et des procédures décourage la majorité des assurés de changer, alors que le gain moyen en changeant d’assureur est estimé entre 80 et 200 € par an pour une couverture équivalente, selon les comparateurs certifiés ACPR.

Notre recommandation concrète en 4 points :

  1. Posez un rappel 90 jours avant la date d’échéance de votre contrat chaque année. Ce délai vous laisse le temps de comparer, de souscrire ailleurs et de notifier en temps utile.

  2. Utilisez systématiquement la loi Hamon dès que votre contrat a plus de 12 mois. Elle vous libère de toute contrainte de délai et transfère la gestion à votre nouvel assureur. C’est la méthode la plus simple et la plus sécurisée.

  3. Comparez au moins 3 devis avant de résilier, en vous assurant que les garanties sont comparables (montant du capital mobilier, franchise, garanties spécifiques comme la valeur à neuf ou la protection juridique). Le prix seul n’est pas un critère suffisant.

  4. Conservez toutes vos preuves pendant 2 ans minimum après la résiliation. Le délai de prescription pour les litiges en assurance est de 2 ans (article L.114-1 du Code des assurances).

La résiliation n’est pas un acte de défiance vis-à-vis de votre assureur : c’est l’exercice légitime d’un droit que le législateur a voulu fort et protecteur. L’utiliser intelligemment, c’est aussi inciter le marché à rester compétitif — au bénéfice de tous les assurés.


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Questions frequentes

Peut-on résilier une assurance habitation sans justificatif ?

Oui, depuis la loi Hamon de 2014, tout assuré peut résilier son contrat habitation sans justificatif après 12 mois de souscription. La résiliation prend effet 1 mois après réception par l'assureur et aucun frais ne peut être facturé. Le remboursement du prorata doit intervenir sous 30 jours.

Quel est le délai de remboursement après résiliation d'une assurance habitation ?

L'assureur dispose de 30 jours maximum après la date d'effet de la résiliation pour rembourser la prime non consommée. Au-delà de ce délai, les sommes dues produisent des intérêts au taux légal, fixé à 3,79 % en 2025. En cas de retard, une mise en demeure par LRAR est recommandée.

Comment résilier son assurance habitation après un déménagement ?

Un déménagement ouvre le droit à résiliation dans les 3 mois suivant la date de déménagement, en vertu de l'article L.113-16 du Code des assurances. La résiliation prend effet 1 mois après notification à l'assureur, accompagnée d'un justificatif de nouveau domicile. La prime est remboursée au prorata.

L'assureur peut-il refuser une résiliation loi Hamon ?

Non, un assureur ne peut légalement pas refuser une résiliation dans les cas prévus par la loi Hamon, dès lors que le contrat a plus de 12 mois d'ancienneté. Tout refus ou frais de résiliation perçu est illégal et peut être signalé à la DGCCRF ou au médiateur de l'assurance, dont la saisine est gratuite.

Que se passe-t-il si on oublie de résilier son assurance habitation à l'échéance ?

Le contrat se renouvelle tacitement pour une année supplémentaire, conformément à l'article L.113-12 du Code des assurances. Toutefois, si l'avis d'échéance a été envoyé tardivement (moins de 15 jours avant la date limite), la loi Châtel vous autorise à résilier à tout moment sans attendre la prochaine échéance.