Assurance-vie ou PER : quel contrat pour la retraite ?
Assurance-vie ou PER pour préparer sa retraite ? Comparatif complet, simulations chiffrées 2025 et recommandations selon votre profil fiscal.
Assurance-vie ou PER : quel contrat choisir pour préparer sa retraite ?
La retraite, ce n’est plus un horizon lointain qu’on laisse aux soins des régimes obligatoires. Avec un taux de remplacement moyen qui oscille entre 50 % et 75 % du dernier salaire selon les profils (cadres, indépendants, salariés du privé), la chute de revenus à la liquidation des droits est une réalité que chaque actif doit anticiper. En 2025, le Conseil d’orientation des retraites (COR) confirme que la pension brute moyenne d’un retraité du secteur privé plafonne autour de 1 550 €/mois, quand le salaire médian en activité dépasse 2 200 €. L’écart structurel est là, documenté, incontournable.
Face à ce constat, deux enveloppes fiscales dominent les stratégies d’épargne retraite des Français : l’assurance-vie et le Plan d’Épargne Retraite (PER), issu de la loi PACTE du 22 mai 2019. Ces deux produits cumulent à eux seuls plus de 2 000 milliards d’euros d’encours (1 950 Md€ pour l’assurance-vie fin 2024 selon la FFA, et environ 110 Md€ pour les PER individuels selon la DREES). Leur popularité est légitime, mais leur logique est fondamentalement différente.
Choisir entre les deux — ou les combiner — dépend de votre tranche marginale d’imposition, de votre horizon, de vos projets de vie et de votre tolérance aux contraintes de déblocage. Cet article décortique les deux dispositifs sans langue de bois, avec des chiffres précis, des simulations et une recommandation claire.
1. Comprendre les deux produits dans leur architecture réelle
L’assurance-vie : un couteau suisse de l’épargne
L’assurance-vie est un contrat entre un assuré et un assureur, régi principalement par le Code des assurances (articles L.132-1 et suivants). Contrairement à ce que son nom suggère, elle n’est pas uniquement un produit de prévoyance décès : c’est avant tout une enveloppe d’investissement à fiscalité allégée avec une totale liberté de retrait à tout moment.
Le contrat se compose de supports d’investissement :
- Le fonds en euros : capital garanti, rendement net moyen de 2,50 % à 3,20 % en 2024 selon les contrats (les meilleurs fonds euros atteignent 3,50 % à 4 % chez certains assureurs comme Garance ou Suravenir Rendement)
- Les unités de compte (UC) : supports investis en actions, immobilier (SCPI, SCI), obligations, ETF — non garantis en capital mais potentiellement plus performants sur le long terme
La grande force de l’assurance-vie : elle ne bloque pas votre argent. Vous pouvez effectuer des rachats (retraits) partiels ou totaux à n’importe quel moment de la vie du contrat.
Le PER individuel : la déduction fiscale immédiate comme moteur
Le Plan d’Épargne Retraite individuel (PERin), introduit par la loi PACTE et codifié à l’article L.224-1 du Code monétaire et financier, remplace depuis octobre 2020 le PERP (Plan d’Épargne Retraite Populaire) et le contrat Madelin pour les indépendants.
Son principe fondateur : vous versez de l’argent aujourd’hui, vous déduisez ces versements de votre revenu imposable, et vous récupérez le capital (ou une rente) à la retraite — moment où, théoriquement, vous serez dans une tranche marginale plus basse.
Les supports d’investissement sont identiques à l’assurance-vie (fonds euros + UC), mais la logique fiscale est inversée : avantage à l’entrée sur le PER vs avantage à la sortie sur l’assurance-vie.
2. La fiscalité en détail : l’enjeu central du choix
C’est ici que tout se joue. La fiscalité de ces deux enveloppes est radicalement différente, et comprendre les mécanismes précis est indispensable pour faire le bon choix.
Fiscalité de l’assurance-vie
Pendant la phase d’épargne : aucune imposition des gains tant qu’ils restent dans le contrat (capitalisation en franchise d’impôt).
Lors des rachats : seule la quote-part de gains est imposée (pas le capital). La fiscalité dépend de l’antériorité du contrat :
| Durée du contrat | Prélèvements sociaux (PS) | Imposition des gains | Abattement annuel |
|---|---|---|---|
| Moins de 8 ans | 17,2 % | PFU 12,8 % (ou IR sur option) | Aucun |
| Plus de 8 ans (versements ≤ 150 000 €) | 17,2 % | 7,5 % (ou IR) | 4 600 €/an (célibataire), 9 200 €/an (couple) |
| Plus de 8 ans (versements > 150 000 €) | 17,2 % | PFU 12,8 % | 4 600 €/9 200 € |
Note : le seuil de 150 000 € s’apprécie par assuré, tous contrats confondus. Au-delà, le taux de 7,5 % ne s’applique qu’à la fraction des gains correspondant aux versements inférieurs à 150 000 €.
À la transmission (décès de l’assuré) : exonération de droits de succession jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans (article 990 I du CGI). Au-delà : prélèvement de 20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 %. Pour les versements après 70 ans, abattement global de 30 500 €, puis droits de succession classiques sur le surplus.
Fiscalité du PER individuel
À l’entrée : les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable dans la limite du plafond épargne retraite. Pour 2025, ce plafond est le plus élevé entre :
- 10 % des revenus professionnels nets de 2024, dans la limite de 35 194 € (soit 10 % de 8 fois le PASS 2024 = 46 368 €)
- Ou 4 399 € (10 % du PASS 2024 = 43 992 €), si ce montant est plus favorable
Les plafonds non utilisés sont reportables sur 3 ans (vérifiables sur votre avis d’imposition, rubrique “plafonds épargne retraite”).
À la sortie (retraite) :
- La part correspondant aux versements déduits est imposée à l’IR comme une pension de retraite (après abattement de 10 % plafonné à 4 321 € en 2025)
- Les plus-values sont soumises au PFU de 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS)
- En cas de sortie en rente viagère : imposition comme une rente à titre onéreux, avec abattement selon l’âge (40 % entre 60 et 69 ans, 30 % après 70 ans)
Les cas de déblocage anticipé (article L.224-4 du CMF) :
- Acquisition de la résidence principale
- Invalidité (2e ou 3e catégorie) de l’assuré, du conjoint ou des enfants
- Décès du conjoint ou partenaire de PACS
- Surendettement
- Expiration des droits au chômage
- Liquidation judiciaire pour un non-salarié
3. Tableau comparatif synthétique : assurance-vie vs PER
| Critère | Assurance-vie | PER individuel |
|---|---|---|
| Déductibilité des versements | Non | Oui (jusqu’à 35 194 €/an en 2025) |
| Disponibilité du capital | À tout moment | Bloqué jusqu’à la retraite (sauf cas légaux) |
| Fiscalité à la sortie | Avantageuse après 8 ans (7,5 % + PS) | IR sur le capital + PFU sur les plus-values |
| Sortie en capital possible | Oui, totale | Oui (pour versements volontaires depuis 2019) |
| Sortie en rente | Oui (option) | Oui (option) |
| Avantage transmission | Exceptionnel (152 500 €/bénéficiaire) | Limité (intégré à la succession) |
| Plafond de versement | Aucun | 10 % revenus (max 35 194 €) |
| Supports d’investissement | Fonds euros + UC | Fonds euros + UC |
| Gestion pilotée à horizon | Optionnelle | Obligatoire par défaut |
| Intérêt si TMI élevée | Moyen | Fort (économie fiscale immédiate) |
| Intérêt si TMI faible | Fort | Faible à nul |
4. Deux simulations chiffrées pour trancher
Simulation 1 : Cadre à 45 ans, TMI à 41 %
Profil : David, 45 ans, revenu imposable 95 000 €/an, TMI 41 %. Il souhaite épargner 500 €/mois (6 000 €/an) pendant 20 ans pour sa retraite à 65 ans.
Avec le PER :
- Versement annuel : 6 000 €
- Économie fiscale immédiate : 6 000 € × 41 % = 2 460 €/an → soit un coût réel d’épargne de 3 540 €/an
- Capital constitué sur 20 ans (hypothèse rendement 5 %/an) : 198 000 € environ
- À la sortie, si le capital est récupéré en une fois : fiscalité sur les versements à l’IR (TMI supposée à 30 % à la retraite) + PFU sur les gains
- Économie fiscale totale sur 20 ans : 49 200 € — une somme qui, réinvestie, accélère significativement la constitution du patrimoine
Avec l’assurance-vie :
- Même versement, pas de déduction : coût réel 6 000 €/an
- Même capital brut de 198 000 € (mêmes hypothèses)
- À la sortie après 8 ans : fiscalité allégée sur les gains uniquement
- Pas d’économie à l’entrée mais fiscalité très douce à la sortie
Conclusion pour David : le PER génère un gain net de 30 000 à 45 000 € sur 20 ans par rapport à l’assurance-vie, grâce à l’effet levier de la déduction à 41 %.
Simulation 2 : Indépendant à faible imposition, TMI à 11 %
Profil : Sarah, 38 ans, consultante freelance, revenu imposable 28 000 €/an, TMI 11 %. Elle épargne 3 000 €/an pendant 27 ans jusqu’à 65 ans.
Avec le PER :
- Économie fiscale immédiate : 3 000 € × 11 % = 330 €/an — quasi-insignifiant
- À la sortie, les versements sont réimposés à l’IR : si sa retraite la place en TMI 11 %, le bénéfice est nul. Si ses revenus globaux montent, elle pourrait même payer plus qu’elle n’a économisé.
Avec l’assurance-vie :
- Versement de 3 000 €/an, capital après 27 ans (5 %/an) : ≈ 157 000 €
- Fiscalité à la sortie : uniquement sur les gains, avec l’abattement de 4 600 € après 8 ans
- Les premiers rachats annuels peuvent être totalement exonérés d’IR si les gains annuels rachetés restent sous l’abattement
- Avantage transmission intact : jusqu’à 152 500 € transmis hors droits
Conclusion pour Sarah : l’assurance-vie est clairement supérieure. La déduction PER ne génère qu’une économie marginale qui sera quasi intégralement reprises à la sortie.
5. Les pièges à éviter et les erreurs courantes
Erreur n°1 : Ouvrir un PER sans calculer son TMI
C’est l’erreur la plus répandue. Des conseillers peu scrupuleux vendent le PER comme un produit universel. Or, si votre TMI est à 0 % ou 11 %, la déduction fiscale n’a pas ou peu de valeur. Pire : vous bloquez votre épargne jusqu’à la retraite pour une économie nulle. Vérifiez toujours votre TMI réelle sur votre avis d’imposition (case 8HV ou calcul sur impots.gouv.fr).
Erreur n°2 : Confondre plafond PER et plafond effectivement disponible
Le plafond de déduction est individuel et annuel, mais il se cumule sur 3 ans en cas de non-utilisation. Un couple en déclaration commune dispose de deux plafonds distincts. Un salarié doit aussi déduire les abondements employeur et les cotisations obligatoires versés sur un PER d’entreprise. Le montant réellement déductible figure sur votre avis d’imposition, page 3, rubrique dédiée.
Erreur n°3 : Négliger la fiscalité de sortie du PER
Beaucoup de souscripteurs se félicitent de l’économie fiscale à l’entrée sans modéliser la fiscalité de sortie. Si vous sortez tout le capital du PER en une seule fois, vous créez un “pic” de revenus imposables qui peut vous faire basculer dans une tranche supérieure. La sortie fractionnée ou en rente est souvent plus efficace fiscalement.
Erreur n°4 : Cantonner l’assurance-vie au fonds euros
Avec un rendement moyen autour de 2,7 % net en 2024, le fonds euros ne compense pas toujours l’inflation sur le long terme. Pour une retraite à 20-30 ans, une allocation de 30 % à 70 % en unités de compte (selon le profil de risque) peut doubler ou tripler le capital final. La gestion pilotée à horizon retraite, disponible sur la plupart des contrats modernes, automatise cette sécurisation progressive.
Erreur n°5 : Oublier la clause bénéficiaire de l’assurance-vie
Une assurance-vie sans clause bénéficiaire rédigée avec soin retombe dans la succession et perd son avantage fiscal principal. La mention “mes héritiers légaux” est insuffisante. Précisez les noms, prénoms, dates de naissance et le pourcentage souhaité. Mettez-la à jour après chaque changement familial (mariage, divorce, naissance).
Erreur n°6 : Sortir du PER avant la retraite via l’achat de résidence principale sans stratégie
La sortie PER pour résidence principale est techniquement possible, mais les versements récupérés sont intégralement imposés à l’IR l’année du retrait, ce qui peut provoquer un choc fiscal important. Prévoyez ce scénario si vous envisagez d’acheter votre logement dans les 10 ans.
6. Combiner les deux enveloppes : la stratégie des épargnants avisés
La vraie question n’est pas toujours “l’un ou l’autre” mais “comment articuler les deux” selon vos objectifs et votre profil fiscal.
Stratégie recommandée par profil
Pour les hauts revenus (TMI 30 % à 45 %) :
- Maximiser les versements PER jusqu’au plafond (35 194 € en 2025) pour l’effet fiscal
- Placer l’excédent d’épargne sur l’assurance-vie pour la liquidité et la transmission
- Utiliser le PER pour les revenus professionnels, l’assurance-vie pour les projets à court ou moyen terme
Pour les revenus intermédiaires (TMI 11 % à 30 %) :
- Priorité à l’assurance-vie pour la flexibilité
- PER en complément uniquement si des revenus exceptionnels ponctuels (prime, cession, dividendes) élèvent temporairement la TMI
- Profiter du mécanisme de versement défiscalisant en fin d’année : calculer précisément l’économie avant le 31 décembre
Pour les faibles revenus (TMI 0 % ou 11 %) :
- Assurance-vie uniquement, sauf si un employeur abonde un PER collectif
- Mettre l’accent sur la diversification des supports (ETF world, immobilier pierre-papier)
- Optimiser la transmission via la clause bénéficiaire dès l’ouverture
Le PER comme outil de “lissage fiscal”
Une technique méconnue : utiliser le PER non pas pour l’épargne régulière, mais pour absorber les pics de revenus. Une année où vous percevez une prime exceptionnelle, une indemnité de rupture conventionnelle imposable ou des revenus fonciers élevés, un versement PER “one shot” peut effacer une partie significative de l’imposition. Le remboursement de l’IS sur une prime de 20 000 € à 45 % de TMI représente 9 000 € d’économie immédiate.
Notre avis et recommandation
Après 15 ans d’analyse de ces deux enveloppes, voici notre position sans ambiguïté :
Le PER est le meilleur outil de préparation retraite pour les contribuables dont la TMI est supérieure ou égale à 30 %, à condition de l’utiliser avec discipline et de modéliser la fiscalité de sortie. L’économie fiscale immédiate, réinvestie intelligemment, constitue un levier de capitalisation que l’assurance-vie ne peut pas répliquer à iso-effort. C’est mathématiquement documenté.
L’assurance-vie reste indispensable pour tout le monde, quelle que soit la TMI, pour trois raisons non-négociables : la liquidité totale (les imprévus de la vie ne préviennent pas), l’avantage de transmission hors droits de succession (152 500 €/bénéficiaire) qui n’a pas d’équivalent légal, et la flexibilité de la stratégie d’investissement sans contrainte de sortie.
Notre recommandation concrète :
- Ouvrez une assurance-vie dès maintenant, même avec 100 €, pour faire courir l’antériorité fiscale (la date d’ouverture détermine l’abattement après 8 ans)
- Si votre TMI est ≥ 30 %, ouvrez aussi un PER et versez au moins une partie de votre capacité d’épargne annuelle, en commençant par les plafonds non consommés des 3 dernières années
- Arbitrez chaque année : calculez votre TMI prévisionnelle avant le 31 décembre et effectuez un versement PER si une opportunité de défiscalisation se présente
- Diversifiez les supports : ne laissez pas plus de 40 % sur fonds euros si votre horizon retraite dépasse 15 ans
La retraite se prépare par couches successives, pas en une seule décision. L’erreur la plus coûteuse reste de ne rien faire en attendant “le bon moment”.
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Questions frequentes
Peut-on avoir à la fois une assurance-vie et un PER ?
Oui, et c'est même la stratégie recommandée pour les épargnants dont la TMI est supérieure à 30 %. Le PER optimise la fiscalité à l'entrée, l'assurance-vie apporte liquidité et avantage successoral. Les deux enveloppes sont complémentaires et cumulables sans limite de nombre de contrats.
Quel est le plafond de déduction fiscale du PER en 2025 ?
En 2025, le plafond de déduction PER est de 10 % des revenus professionnels nets 2024, dans la limite de 35 194 € (ou 4 399 € si ce montant est plus favorable). Les plafonds non utilisés des 3 dernières années sont reportables et cumulables, ce qui peut permettre un versement défiscalisant important une année donnée.
Quand peut-on débloquer son PER avant la retraite ?
La loi PACTE prévoit 6 cas de déblocage anticipé : achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint ou partenaire PACS, surendettement, fin de droits chômage et liquidation judiciaire. En dehors de ces cas, le capital reste bloqué jusqu'à la liquidation des droits à retraite, ce qui distingue fondamentalement le PER de l'assurance-vie.
L'assurance-vie est-elle vraiment avantageuse pour la transmission ?
Oui, c'est l'un de ses atouts majeurs. Les capitaux versés avant 70 ans bénéficient d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire (article 990 I du CGI), totalement hors succession. Pour un couple avec deux enfants, cela représente potentiellement 305 000 € transmis sans droits, ce qu'aucun autre produit d'épargne ne peut égaler.
Le fonds euros de l'assurance-vie est-il encore rentable en 2025 ?
Les fonds euros ont retrouvé de l'attrait avec des rendements 2024 entre 2,5 % et 4 % selon les contrats, contre 1,3 % en moyenne en 2021. Cependant, sur un horizon retraite supérieur à 15 ans, une allocation partiellement en unités de compte (ETF, immobilier) reste recommandée pour optimiser la performance à long terme tout en profitant de la sécurisation progressive automatique.